L’Église de Verdun en 1917

Après « l’année terrible », la situation de la ville épiscopale parait étonnamment calme. Pourtant la guerre continue et l’on finit par apprendre que toutes les tentatives de paix, y compris celle du Pape Benoît XV, ont échoué. La cité dévastée reste encore sous la force de frappe d’un ennemi toujours aussi proche et déterminé. Les 8 et 9 janvier, Mgr Ginisty et l’archiprêtre de la cathédrale, reçus à la citadelle par le Général Dubois, et l’Abbé Basinet, aumônier militaire, dressent un état des lieux : « La cathédrale est blessée… Saint-Sauveur, Saint-Victor et Saint Jean-Baptiste ont leur église mutilée… Sainte-Catherine garde le Saint Sacrement et les prêtres soldats y célèbrent leurs messes… enfin les « chapelles » de Glorieux et de Regret sont debout et prêtes à recevoir les fidèles. »
A la chapelle Notre Dame des Casemates, fréquentée par les Poilus, Monseigneur fait part de son assurance dans la victoire prochaine. On espère, en effet, que sous les ordres du Général Guillaumat, nos soldats pourront sans trop de pertes reconquérir les positions importantes devant Verdun, en été 1917. Mais la tâche de l’évêque de Verdun reste difficile quand on sait que les deux tiers de son diocèse sont occupés par l’ennemi et que sa ville épiscopale l’est par des militaires français. Dans ce diocèse « éclaté », il doit garder le contact avec les civils évacués un peu partout en France et en particulier avec les fidèles de la paroisse meusienne de Saint-Honoré-d’Eylau, à Paris, dont le curé, le chanoine Laimont, est d’origine meusienne. C’est encore à Paris, au Petit Palais, qu’ont été hébergées les belles boiseries de la cathédrale, la chasse de saint Saintin (apportée de Bar), le lutrin, des missels anciens et des fragments de vitraux. Or, c’est peut-être quand les Allemands ont compris que Verdun leur échappait que leur artillerie s’acharne sur la ville cette année là.

En effet, la cathédrale, qui n’avait encaissé qu’un seul obus (de 380 mm) en février 1916, subit de très graves dommages en avril et mai 1917. La toiture de la nef et du chœur fut presque entièrement détruite et des obus ont troué les voûtes de la nef et du transept en dix endroits. Les verrières de la grande église sont détruites et, à la mi-juin, une travée du cloître l’est également. Par ailleurs, le clocher de Saint-Victor est malmené le 9 juillet et l’église Saint-Sauveur est littéralement coupée en deux le 20 décembre. Quant à la ville, Ernest Beauguitte, dans son ouvrage Verdun 1917, nous décrit non seulement les destructions infligées à la cité, mais nous apprend que lors de la réunion du Conseil Municipal de Verdun du 2 juillet, rue de Bellechasse à Paris, un projet de reconstruction de Verdun avait été élaboré. La bataille de Verdun avait provoqué une onde de choc de grande ampleur dans l’opinion. C’est la raison pour laquelle Verdun recevra de nombreux visiteurs et d’abord des reporters de grands journaux. Le 21 janvier le Général Dubois, gouverneur, accueille Eugène Tardieu de L’Écho de Genève qui qualifie « d’éternels archéologues » les auteurs de nos ruines, puisque leurs obus avaient permis de retrouver des pans des remparts gallo-romains. Puis, c’est au tour des grands de ce monde. Le 15 mars, Mgr Eijo Garay, évêque de Tuy (puis de Vittoria), accompagné de Dom Gabriel Palmer, chapelain du Roi Alphonse XIII d’Espagne, et de Mgr Baudrillard, Président du Comité de Propagande chez les neutres, sont reçus à Verdun. Le 15 juin, Mgr Ginisty reçoit Mgr Delabar (notre compatriote), vicaire général de Mgr Dubois, archevêque de Rouen. Mgr Llobet, évêque de Gap, qui visitera les champs de bataille de Rembercourt et de la Vaux-Marie et bénira le nouveau cimetière de Bevaux, est reçu en novembre. Verdun accueillera également Mgr Lopez, évêque de Tarragone. Pour être complet, il convient d’ajouter que Mc Cusky, ministre de la guerre du Canada, le Roi d’Italie accompagné du Président Poincaré (le 27 septembre) et le Président du Portugal, porteur d’une décoration remise à la ville (le 10 octobre), sont passés par Verdun…

Non seulement notre évêque reçoit tous ses visiteurs, mais il se déplace beaucoup. Le 20 juin, il assiste à Rodez au sacre de Mgr Verdier, son compatriote et futur archevêque de Paris. Le 29 juin, à la Chartreuse de Bosserville, il confère les ordres à deux séminaristes de Verdun : la prêtrise à l’Abbé Achille Collignon et le sous-diaconat à Maxime Souplet. Et le 24 juillet, à Benoîte-Vaux, il préside le jubilé du Père Bouchon. Le 22 juillet, il confère la confirmation à Souilly. Le 26 juillet, à Neuville-en-Verdunois, il préside le pèlerinage de Sainte Anne. Le 3 septembre, avec l’Abbé Rampont, curé de Saint-Victor, il fête Notre Dame des Clés. Enfin, après les terribles bombardements de l’hôpital de Vadelaincourt du 21 et 25 août, il visite et réconforte les soldats blessés et leur aumônier, l’Abbé Roitel.
En cette même année, les évêques de France décident que la fête du Sacré Cœur serait célébrée au jour indiqué par le Christ lui-même à sainte Marguerite Marie à Paray le Monial (deux statues situées dans le jardin du cloître de la cathédrale rappellent cet événement). Cette fête sera célébrée le vendredi qui suit la fête du Saint Sacrement (Fête-Dieu) institué par le Pape Urbain IV, ancien évêque de Verdun sous son nom de Jacques de Troyes, au XIIIe siècle. (Un vitrail représentant une procession est à remarquer au croisillon sud du transept occidental de la cathédrale).
Par ailleurs, on en vient très tôt à l’idée que nos églises doivent être les gardiennes du souvenir de nos morts « pour la France ». Mgr Battifol demande que ces « tableaux d’honneurs » portant les noms des enfants de la paroisse tombés au champ d’honneur soient apposés dans leur église.
Mais, la guerre n’a pas été seulement, pour les Français un acte de foi dans la justesse de leur cause ; elle est devenue un acte d’espérance dans la fin du conflit entre l’Église et l’État (depuis la loi de séparation de 1905). La guerre, en fait, avait réintégré les catholiques dans le consensus national, « l’union sacrée ». Mgr Ginisty, « l’évêque des soldats », avait œuvré dans cette volonté d’apaisement. D’ailleurs, cette situation intolérable allait à l’encontre des intérêts de la France. Un député radical, Lazare Weiller, écrivait dans le Journal des débats la nécessité et l’urgence d’une reprise des relations. De son côté, Fernand Laudet, le 27 juin 1917, au congrès Jeanne d’Arc, faisait ressortir les problèmes posés par l’après-guerre : l’état de crise en Orient, l’avenir de notre protectorat, le retour probable de l’Alsace-Lorraine à la France. Or, la France est dans l’impossibilité de plaider sa cause à Rome. Un article du Père de la Brière (dans les Etudes de juin 1917) mesure les progrès accomplis dans l’opinion par l’idée d’une reprise des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Mgr Ginisty demande à ses diocésains de prier « pour que Dieu hâte l’heure ou triomphera, dans une reprise loyale des relations de la France avec Rome, la seule solution de sagesse et de raison ».

Paul GAUNY.

 

Retour vers la page d'accueil du Diocèse
Diocèse de Verdun